allez lance toi



allez lance toi
c’est bon d’écrire
pour ne rien dire
et même si
c’est pas facile
et si ça rime
ça reste fragile
c’est bon d’écrire
pour ne rien dire
c’est bon d’rêver
mais au réveil
c’est pas la même
quand viens l’moment
d’coucher tes rêves
sur le papier
faut pas qu’ça blesse
même si ça saigne
c’est rien qu’des traits
mal alignés
j’sais bien rêver
mais pour écrire
c’et pas la même
là c’est bien pire
j’aurais aimé
d’un seul coup d’plume
remplir des pages
et des volumes
mais c’est pas ça
enfin pas comme ça
enfin pas pour moi
y’a rien d’facile
même pour trois mots
même sans compter
même sans rimer
s’lâcher sans penser
penser sans lâcher
et trouver sa rime
trouver sa frime
et même un style
ça s’rait pour moi
mieux qu’une idylle
un beau cadeau
mais quand j’vois clair
j’me dis chaque fois
qu’c’est pas pour moi
qu’c’est pas encore
avec cette page
que j’touch’rai l’or
j’trouv’rai l’auteur
qui s’cogne en moi
allez va
allez viens
laisse tes mots
reviens sur terre
rattrape ta vie
t’as pas trouvé
encore
le bon credo
ta plume et toi
c’es plus que deux mots
va pas rêver
un jour à voir
tes beaux discours
tout bien reliés
tout bien rangés
sur l’étagère
d’un bon libraire
ça s’rait pas juste
ça s’rait injuste
pour la poignée
d’illuminés
qu’ont pu signer
deux trois romans
au gré du temps
moi l’nez en l’air
j’sais que rêver
sur le papier
j’suis pas si doué
ah pour parler
pour enjôler
embobiner
et déconner
j’suis pas l’dernier
mais après ça
quand j’me dis
viens
écris moi ça
vas y comme ça
j’me rends
bien compte
qu’au bout du conte
qu’au bout du compte
moi mon crayon
mes trois-quatre feuilles
et mon bout d’gomme
on forme un gang
qu’est pas bien clair
faut vous méfier
du gang mélo
du gang à l’eau
à l’eau de rose
à l’eau de pluie
si vous l’croisez
pour vous c’est cuit
vous s’rez pourri
j’dis pas séduit
ou mort de rire
ou j’sais pas quoi
mais j’suis bien sur
qu’l’instant d’après
vot’ p’tite mémoire
aura flingué
mes trois idées
aux oubliette
l’historiette
liquidées
les rimes à trois pieds
adieu basta
ni vue ni connue
a peine parcourue
et plus vite oubliée
on parlait d’quoi déjà
ah oui c’est ça
ce drôle de gars
qui perd son temps
a s’obstiner
en noir sur blanc
a déposer
des paquets d’mots
comme du linge sale
qu’faudrait r’laver
et re-rincer
mais j’suis pas sur
qu’même bien laver
qu’on puisse garder
rien qu’une idée
une ligne ou deux
j’y crois même pas
alors une page
n’y compte même pas
j’ai pas oser
pas essayé encore
rincer mes feuilles
après l’orage
c’est peine perdue
elles sont foutues
trouve-moi un fou
qui tiendra l’coup
a lire d’un coup
ce passage là
sans s’arracher
les yeux
la tête
et réclamer
deux aspirines
ou à courir
vers la cuisine
et mettre au feu
a pleine poignées
ses pages noircies
sans tête ni queue
ses pages noircies
de mots sans clés
on pourrait croire
qu’tout est codé
qu’y a un message
a faire passer
tiens tu crois pas
qu’dans c’passage là
ça veut dire ça
regarde mieux
c’est plutôt là
regarde
comme ça
tu l’comprendras
mais c’est raté
y’a pas d’message
y’a pas d’idées
c’est juste
un naufrage
un dictionnaire
qui c’est brisé
et v’là des mots
tout mélangés
eparpillés cassé
rongés
c’est trop d’boulot
d’tout reclasser
laisse donc comme ça
ça fait pas d’mal
ça fait pas mal
et d’tout’ façon
y’a personne
pour miser deux ronds
pour faire tapis
et voir l’dessous
de mes cartons
laisse donc tel quel
pourquoi chercher
a tout ranger
tout arranger
peu importe l’ordre
puisque des phrases
y’en a partout
faut juste l’poser
l’plus haut possible
sur l’étagère
pour qu’les gamins
mettent pas la main
ou glissent un œil
sur une des feuilles
ça s’rait pas bien
car eux tu vois
c’rait bien possible
qu’ils trouvent
un sens
à ces non sens
c’est vrai qu’beaucoup
beaucoup d’entre nous
ont tout lâché
ont tout largué
et s’sont fâchés
avec leur passé
c’est vrai qu’à mal
de nos regards
ont plus la lueur
d’nos jeunes années
et si c’étaient
vos yeux voilés
qu’arrivaient pas
à déchiffrer
et si c’étaient
vos pauvres têtes
qu’avaient oublié
c’que c’est d’rêver



haut de page | retour à la page précédente | aller à la page suivante